GENÈVE – Des experts de l’ONU* ont averti aujourd’hui que le Venezuela est confronté à une catastrophe qui aggrave considérablement la vulnérabilité de la population et envenime les crises humanitaires et des droits de l’homme que le pays subit depuis des années, à la suite des séismes du 24 juin.
« Compte tenu de l’ampleur de la tragédie, la société civile a joué un rôle indispensable et doit être pleinement prise en compte dans les prochaines étapes de la réponse », ont déclaré les experts, exprimant leur solidarité avec le peuple vénézuélien.
Des organisations existantes, notamment des associations de défense des droits de l’homme, ainsi que de nouveaux réseaux de quartier et des organisations internationales, participent aux recherches des personnes disparues, contribuent à l’identification des défunts, apportent une aide directe aux victimes et fournissent des services et un soutien essentiels qui, sans elles, ne parviendraient pas aux communautés touchées.
Les experts ont souligné que ce rôle essentiel, notamment à travers la fourniture de services de santé, de médicaments et de matériel médical, devait être reconnu par les autorités vénézuéliennes et la communauté internationale.
« Malgré son importance, ce rôle essentiel est gravement entravé et menacé par les restrictions réglementaires existantes, notamment la loi relative à la surveillance, à la régularisation, au fonctionnement et au financement des organisations non gouvernementales et des organisations sociales à but non lucratif », ont-ils déclaré. Cette loi impose aux organisations d’accomplir des démarches d’enregistrement ou de réenregistrement auprès du Service autonome des registres et des notaires (SAREN), ce qui, dans la pratique, s’avère impossible en raison du silence administratif du gouvernement, compromettant ainsi leur viabilité et suspendant arbitrairement leur statut juridique.
La Surintendance des institutions du secteur bancaire vénézuélien (SUDEBAN) a mis en place une réglementation qui impose aux banques de soumettre les ONG à une surveillance excessive par rapport aux autres acteurs, ce qui crée des obstacles à la réception ou à la gestion des fonds. Ces restrictions concernent toutes les organisations, y compris les organisations internationales.
« Les autorités vénézuéliennes doivent mettre fin à ces restrictions et, au contraire, promouvoir des mesures qui facilitent le travail de la société civile, élément indispensable à l’effort de reconstruction, notamment en incluant les femmes et les personnes issues de groupes traditionnellement marginalisés. Cela doit également passer par la mise en place de formes d’aide telles que les transferts d’argent aux personnes touchées, une pratique courante en matière d’aide humanitaire qui n’est actuellement pas disponible dans le pays », ont déclaré les experts.
« Il est essentiel que les autorités informent les forces de l’ordre de leurs obligations pendant la situation d’urgence — notamment en ce qui concerne la protection des actions de secours menées par les citoyens, telles que les centres de collecte, ainsi que les activités des organisations nationales et internationales — afin de garantir que les pratiques répressives du passé ne se reproduisent pas », ont-ils déclaré.
Les experts ont réaffirmé que, dans les situations de catastrophe, l’État doit accorder la priorité à la facilitation de l’action humanitaire et respecter le travail de toutes les organisations, tout en favorisant des solutions qui renforcent la résilience. « Une réponse coordonnée, exempte de restrictions injustifiées, est nécessaire de toute urgence pour garantir un accès sans entrave à la coopération internationale, dans le cadre d’une approche fondée sur les droits de l’homme et centrée sur les victimes », ont-ils déclaré.
Ils ont exhorté la communauté internationale — notamment les Nations unies et tous les acteurs apportant un soutien depuis l’étranger — à veiller à ce que la société civile locale puisse agir librement.
« La société civile doit être respectée en tant que partenaire clé dans les processus d’acheminement de l’aide, de contrôle de la transparence des ressources utilisées et de protection des droits dans le cadre des interventions en cas de catastrophe », ont déclaré les experts.
« La mise en place d’hébergements d’urgence, de plans de reconstruction et d’autres solutions à long terme doit s’accompagner d’une participation effective des personnes touchées, y compris les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Les interventions en cas de catastrophe doivent être menées dans le respect des normes internationales en matière de droits de l’homme. »
*Les experts :
- Gina Romero, rapporteuse spéciale sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association;
- Cecilia M. Bailliet, experte indépendante sur les droits de l’homme et la solidarité internationale;
- Koldo Casla, Rapporteur spécial sur le logement convenable en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant, et sur le droit à la non-discrimination dans ce contexte;
- Ashwini K.P., Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance qui y est associée;
- Elena Carolina Diaz Galan, rapporteuse spéciale sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme;
- Tlaleng Mofokeng, Rapporteur spécial sur le droit de chacun de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible;
- Elizabeth Salmón, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée;
- Paula Gaviria Betancur, rapporteuse spéciale chargée de la question des droits de l’homme des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays;
- Ben Saul, Rapporteur spécial chargé de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte contre le terrorisme;
- Siobhán Mullally, rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants;
- Gabriella Citroni (présidente-rapporteure), Grażyna Baranowska (vice-présidente), Aua Baldé, Ana Lorena Delgadillo Pérez, Mohammed Al-Obaidi,Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires;
- Andrea Bolaños Vargas, rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme;
- Claudia Flores (présidente), Ivana Krstić (vice-présidente), Dorothy Estrada Tanck, Haina Lu et Laura Nyirinkindi,Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles;
- Elisa Morgera, rapporteuse spéciale chargée de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans le contexte du changement climatique;
- Albert K. Barume, rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones;
- Robert McCorquodale (président), Fernanda Hopenhaym (vice-présidente), Lyra Jakulevičienė, Damilola Olawuyi et Pichamon Yeophantong, Groupe de travail sur la question des droits de l’homme et des sociétés transnationales et autres entreprises;
- Isabelle Mamadou (présidente), Barbara Reynolds, Catherine Namakula, Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine;
- Morris Tidball-Binz, rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires;
Les rapporteurs spéciaux, les experts indépendants et les groupes de travail font partie de ce que l’on appelle les « procédures spéciales » du Conseil des droits de l’homme. Les « procédures spéciales », qui constituent le plus grand groupe d’experts indépendants au sein du système des droits de l’homme des Nations unies, désignent de manière générale les mécanismes indépendants d’enquête et de suivi mis en place par le Conseil pour traiter soit des situations spécifiques à certains pays, soit des questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne perçoivent pas de rémunération pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et agissent à titre personnel.
Page pays du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme – Venezuela
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