
Déclaration du Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones
«Les discours haineux sont un crime, pas un commentaire»
Un expert de l’ONU condamne une publication visant les peuples autochtones
10 JUILLET 2025
En tant que Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, j’exprime ma ferme condamnation et ma profonde indignation face à une publication sur X (anciennement Twitter) glorifiant les actes génocidaires et incitant à la violence contre les peuples autochtones. Le 6 juillet 2025, Ann Coulter, une commentatrice médiatique américaine bien connue, aurait publié sur son compte X : «Nous n’avons pas tué assez d’Indiens».
Bien que ce message ait depuis été supprimé, son contenu constitue clairement un discours de haine et une incitation à la violence contre les hommes, les femmes et les enfants autochtones. De tels actes sont condamnables au niveau international et constituent des crimes en vertu de la plupart des législations nationales.
L’histoire des peuples autochtones est marquée par la violence. Dans certains pays et contextes, cela a conduit à des actes de génocide et à des massacres contre les peuples autochtones, que de nombreux gouvernements et institutions ont officiellement reconnus et pour lesquels ils ont présenté des excuses. Les discours haineux favorisent de telles pratiques en déshumanisant les peuples autochtones et en incitant à la discrimination et à la violence.
Il ne s’agissait pas d’une remarque sarcastique ou d’une blague à prendre à la légère. Cela reflète une montée inquiétante du sentiment anti-autochtone, en particulier sur les réseaux sociaux, que j’ai observée dans de nombreux pays depuis mon entrée en fonction en janvier 2025.
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2007 afin de remédier aux injustices historiques subies par les peuples autochtones. Elle affirme que :
toutes les doctrines, politiques et pratiques fondées sur ou prônant la supériorité de peuples ou d’individus sur la base de leur origine nationale ou de leurs différences raciales, religieuses, ethniques ou culturelles sont racistes, scientifiquement fausses, juridiquement invalides, moralement condamnables et socialement injustes.
Plus précisément, la Déclaration stipule que :
1. Les individus autochtones ont droit à la vie, à l’intégrité physique et mentale, à la liberté et à la sécurité de leur personne.
2. Les peuples autochtones ont le droit collectif de vivre dans la liberté, la paix et la sécurité en tant que peuples distincts et ne doivent être soumis à aucun acte de génocide ou à aucun autre acte de violence, y compris le transfert forcé d’enfants d’un groupe vers un autre groupe.
3. Les États doivent mettre en place des mécanismes efficaces de prévention et de réparation pour toute forme de propagande visant à promouvoir ou à inciter à la discrimination raciale ou ethnique à leur encontre.
Dans ce contexte, je partage les préoccupations des organisations des peuples autochtones du monde entier et j’appelle la communauté internationale à se joindre à moi pour condamner cette déclaration odieuse et la tendance plus générale aux discours de haine, à l’incitation à la violence et à la discrimination à l’égard des peuples autochtones que reflète ce message.
J’appelle en particulier les États à s’acquitter de leurs obligations au titre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et d’autres instruments internationaux pertinents afin de :
- Mettre en place des mécanismes efficaces de prévention et de réparation pour toute forme de propagande visant à promouvoir ou à inciter à la discrimination raciale ou ethnique à l’encontre des peuples autochtones (UNDRIP, article 8.2)
- Prendre des mesures efficaces pour lutter contre les préjugés et éliminer la discrimination, et pour promouvoir la tolérance, la compréhension et les bonnes relations entre les peuples autochtones et tous les autres segments de la société (UNDRIP, article 15.2)
La dignité, les droits et la sécurité des peuples autochtones doivent être respectés sans exception. Les mots ont leur importance, tout comme la responsabilité.
FIN
L’expert : Albert K. Barume, Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones.
Les rapporteurs spéciaux/experts indépendants/groupes de travail sont des experts indépendants des droits de l’homme nommés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Ensemble, ces experts sont appelés les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Bien que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme assure le secrétariat des procédures spéciales, les experts siègent à titre individuel et sont indépendants de tout gouvernement ou organisation, y compris du HCDH et de l’ONU. Les points de vue ou opinions exprimés n’engagent que leur auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de l’ONU ou du HCDH.
Les observations et recommandations spécifiques à chaque pays formulées par les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies, y compris les procédures spéciales, les organes conventionnels et l’Examen périodique universel, sont disponibles sur l’Index universel des droits de l’homme: https://uhri.ohchr.org/fr/
Pour plus d’informations et pour toute demande de renseignements, veuillez contacter hrc-sr-indigenous@un.org